Entretien avec Isée St. John Knowles, auteur et metteur en scène du Festival Saint-Germain-des-Prés baudelairien à Paris


Dans l’une des rues les plus pittoresques de la capitale se passe cette semaine un évènement unique et précieux que tous les amoureux de Paris, de la poésie et de Baudelaire ne sauraient manquer. En effet, si vous êtes de ceux dont le froid pique le cœur, dont la neige glace le regard et que le vent étourdit, alors promenez-vous rue Mouffetard, et, au détour d’un passage, vous découvrirez un petit trésor…

Ce trésor n’est autre que le Festival Saint-Germain-des-Prés baudelairien. L’initiative revient à un homme remarquable par son histoire et ses rencontres. Il s’agit du dramaturge et metteur en scène Isée St. John Knowles, qui est aussi, pour notre plus grand plaisir, l’un des derniers détenteurs d’un art particulier : celui de dire la poésie de Baudelaire. C’est en toute humilité que ce grand baudelairien a partagé avec notre journal la saveur des rencontres qui ont fait de lui un enfant de Saint-Germain-des-Prés.
 
Avant toute chose, concernant Baudelaire, pouvez-vous nous rappeler les moments forts de votre parcours et les rencontres qui ont marqué le dramaturge et metteur en scène que vous êtes ?
J’ai suivi des études d’épistémologie à l’université d’Oxford et j’ai également fait des études de musicologie. Par la suite, j’ai eu le grand bonheur de rencontrer le peintre Limouse, président de la société Baudelaire, qui avait consacré soixante-dix ans de sa vie à l’œuvre du poète. J’ai également rencontré les derniers rédacteurs du dictionnaire de la société Baudelaire. Parmi les autres rencontres importantes, il y a eu celles avec Sartre et Simone de Beauvoir.

Pouvez-vous nous parler plus en détail de cette société Baudelaire ?

En 1868, des intimes de Baudelaire ont souhaité se réunir pour non seulement perpétuer sa pensée, mais aussi pour le défendre, car, rappelons-le, c’était un auteur censuré. La société Baudelaire, fondée en 1872, réunissait des grands baudelairiens pour discuter des mots et des valeurs qui avaient illuminé la vision de Baudelaire. Ces mots étaient écrits dans le dictionnaire de la société Baudelaire et définis selon une méthode que le poète avait enseigné à Léon Cladel. La société Baudelaire a perduré cent ans. C’est une fondation à présent.

             Faire ressentir les souffrances que Baudelaire a endurées


Comment décririez-vous cette façon particulière de dire Baudelaire ?
Il s’agit d’un héritage de la « voix » de Baudelaire, grâce à une « documentation » transmise par des intimes du poète qui l’avaient entendu dire sa poésie. C’est une sorte de tradition orale. C’est une manière de sentir l’alexandrin, les vers de Baudelaire, de sentir toutes les résonances des mots, ce qui les vivifie et les contraste. C’est toute une science extraordinaire. Un comédien dira Baudelaire car sa poésie le passionne. Tandis que, de la part d’un baudelairien, la démarche est de se rapprocher de Baudelaire, c’est-à-dire pouvoir, à travers la lecture d’un poème, livrer tout un parcours spirituel, faire ressentir les souffrances qu’il a endurées. C’est une autre approche. Il faut l’entendre pour mieux comprendre. C’est une tradition qui disparaîtra après moi.

 Pouvez-vous nous parler un peu plus du combat des baudelairiens ?
Ce combat avait trois composantes : l’insoumission, l’autonomie de la pensée et le lyrisme de l’imagination. J’accorde une grande importance à ce dernier point qui est illustré par la pièce Saint-Germain-des-Prés poète. C’est l’imaginaire qui vous libère.
 

          Les personnages de Baudelaire sont l’âme de Paris

Quelle a été le processus d’écriture pour vos pièces ?

Tous les personnages que l’on rencontre dans les poèmes de Baudelaire sont l’âme de Paris. Je les ai sortis des Fleurs du mal et je les ai mis en scène. Il y a aussi le personnage de Sartre (dont l’histoire est liée à celle de la société Baudelaire). Il apparaît dans la pièce Saint-Germain-des-Prés dandy, et on le retrouve dans Saint-Germain-des-Prés rebelle avec les dix derniers poèmes de sa nouvelle ordonnance des Fleurs du mal. Il y a également un film, muet, et les poèmes sont dits en voix off. Nous avons utilisé dans le spectacle des images par nécessité. Dans ce cas précis, le théâtre ne suffisait plus, le cinéma est devenu la solution.

Pourquoi avoir choisi de travailler avec le réalisateur José Pinheiro ?
C’est un peu un hasard. Nous nous sommes rencontrés, et il a semblé très intéressé par le projet. Il se trouve qu’il était lui aussi un passionné de Baudelaire.

Que souhaitez-vous que l’on retienne de votre travail ?
N’oublions pas que Baudelaire était libre. À la différence de toute une tradition de baudelairiens catholiques qui l’ont respectabilisé et qui ont édulcoré son message, nous souhaitons faire redécouvrir le poète en tant que visionnaire. Et surtout, Saint-Germain-des-Prés doit recouvrer le sens de sa destinée. Cette destinée est et a toujours été de donner aux rêves des opprimés plus de réalité. ¶


Dimanche 10 janvier 2010
Recueilli par
Angèle Lemort
Les Trois Coups - www.lestroiscoups.com

(1) Roger Limouse : né en 1894 et décédé en 1989. Peintre de la réalité poétique, coloriste dans la tradition du fauvisme.
(2) Léon Cladel : décédé en 1892, romancier et nouvelliste français, parmi les amis de Baudelaire.

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 Festival Saint-Germain-des-Prés baudelairien, d’Isée St. John Knowles

Production : The Baudelaire Society and Limouse Foundation Limited
Coréalisation : Théâtre Mouffetard
Festival parrainé par l’Akademia Duncan à New York
Mise en scène : Isée St. John Knowles
Réalisation cinématographique : José Pinheiro
Assistante à la mise en scène : Philippe Cabasset

Avec : Frédéric Gay, Arnaud Bruyère, Denise Dax, Serge Martinez, Delphine Lascar, Valérie Lentzner, Pamina, Frédéric Roger, Philippe Cabasset, Michel Dury, Chryssa Florou, Natacha Bordaz, Cécile Coutin, Roger Pouly, Guillaume Delaunay, Emma Santini, Noémie Stevens, Ambre Vérot, Isée St. John Knowles

Avec les voix de : Laurent Charpentier, Anne Delbée, Thierry Lhermitte, José Pinheiro, François Regnault, Pierre Santini, Isée St. John Knowles
Création lumière : Jean Grison
Scénographie : Jean-Luc Simonini
Musique : Pamina, Roger Pouly, Philippe Davenet

Théâtre Mouffetard • 73, rue Mouffetard • 75005 Paris
Réservations : 01 43 31 11 99
www.theatremouffetard.com

Saint-Germain-des-Prés Dandy, mercredi 13, jeudi 14 et samedi 16 janvier 2010 à 19 heures
Saint-Germain-des-Prés poète, mercredi 13, jeudi 14 et samedi 16 janvier 2010 à 21 heures
Saint-Germain-des-Prés rebelle, vendredi 15 janvier 2010 à 21 heures

22 € | 15 €
Formule 2 spectacles 30 €| 24 €
Formule 3 spectacles 42 € | 30 €
Interpretation

Demeures de Baudelaire