Découverte d'un autoportrait inédit de Baudelaire


Un autoportrait de Baudelaire a été découvert parmi les œuvres graphiques de Geoffroy-Dechaume (1816-1892) lors de l’inventaire d’une donation des descendants du sculpteur. Le dessin sera exposé du 22 avril au 22 juillet à la Cité de l’architecture et du patrimoine à l’occasion de l’exposition «Dans l’intimité de l‘atelier» consacré à l’ami du poète.

Le portrait au crayon et au lavis, entouré de petits portraits et d’un chien, a tout de suite attiré l’attention de l’attachée de conservation et responsable du fonds Geoffroy-Dechaume, Carole Lenfant. «Il ne ressemblait pas à ce je connaissais du sculpteur», explique la jeune femme qui décide de le montrer au conservateur Emmanuel Bréon. Tous deux partagent l’intuition qu’il s’agit d’un portrait de Baudelaire, voire même d’un autoportrait. En effet comment ne pas être surpris de retrouver le style du poète, sa «patte», le même cadrage, les hachures, la pose de la tête, le regard et le nœud de cravate des autoportraits à l’encre de chine de Baudelaire exposés aujourd’hui au musée d’Orsay et à l’Institut de France. Seules différences : l’homme est jeune, les traits sont moins durs, l’expression un peu plus douce, et surtout il porte une moustache.

C’est notamment ce détail qui va permettre aux experts de situer le dessin entre 1844 et 1847. Une première expertise de Thierry Bodin estime qu’il s’agit de la copie d’une gravure mais un deuxième expert, Jean-Paul Avice, n’a pas hésité. Une notule dans une publication de 1868 mentionne ce dessin, «un curieux portrait du traducteur de Poe dessiné par lui-même» appartenant alors à Daumier et le datant d'avant 1847.  En 1848, dans le portrait réalisé par Gustave Courbet, le poète ne porte déjà plus la moustache. Théophile Gautier raconte que lorsqu’il rencontra Baudelaire dans ces années de jeunesses, Baudelaire «rasa sa moustache, trouvant que c'était un reste de vieux chic pittoresque qu'il était puéril et bourgeois de conserver».

Baudelaire a une vingtaine d’années. Il n’est pas encore l’auteur des Fleurs du mal et occupe en 1843-45 le troisième étage du 17 quai d’Anjou, sur l’île Saint-Louis, au-dessus de l’atelier du peintre Joseph Boissard. Théophile Gautier le succèdera en 1848 ainsi que Gérard de Nerval. L’atelier de Geoffroy-Dechaume est au 13 quai d’Anjou où vont se fréquenter Gautier, Baudelaire, Daumier, Corot, Daubigny. Ces artistes, peintres et poètes, forment une petite communauté et vont se soutenir matériellement, s’entraider, et se lier d’amitié pendant de longues années. Il est probable qu’ils se soient également échangés quelques dessins et que Daumier ait donné le portrait de Baudelaire à son ami Geoffroy-Dechaume.

Source: Magazine Litteraire  - www.magazine-litteraire.com



Ce dessin du poète sera dévoilé du 22 avril au 22 juillet 2013 à la Cité de l'architecture et du patrimoine
1 place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75016 Paris
http://www.citechaillot.fr
Interpretation

Demeures de Baudelaire