150 ans après : Le Procès des


De Philippe BLONDEAU par LES COMPAGNONS D’ELEUSIS

Avec en prologue une lecture-florilège des Fleurs du Mal comprenant les pièces condamnées.

Mise en scène : Georges ZARAGOZA

Avec Georges ZARAGOZA, Philippe LAUNAY, Paul BERTHELEMOT (chant), Élodie LECLERCQ, Anne de GROUSSOUVRE, Nelly POIX, Claudine JAMIN-LAUNAY, Maud RUEZ ZARAGOZA, Jean-Paul FAIVRE, Monique VALENTIN, Nadine GUICHARD, Yves VALENTIN, Michèle LAGRANGE, Dominique ZARAGOZA, et Christophe LANGEVIN. Direction d’acteur : Anne de GROSSOUVRE. Régie : Michael RUEZ.

  Les Compagnons d’Éleusis, troupe de théâtre forte de 36 ans d’existence, est subventionnée par La Ville d’Épinal et le Conseil Général du département des Vosges

 Les Compagnons d’Éleusis, troupe de théâtre forte de 36 ans d’existence, est subventionnée par La Ville d’Épinal et le Conseil Général du département des Vosges

 Présentation de l’auteur  : Philippe BLONDEAU

 « 1857 publication des Fleurs du Mal et dans la foulée inculpation du poète. Le recueil sera amputé de ses pièces essentielles. Baudelaire a eu les plus grandes peines à achever son recueil poétique. Lors de sa publication, il est sous le coup d’une forte émotion qui le pousse à écrire à ses amis pour leur annoncer le grand jour : la publication, enfin !, des Fleurs du Mal. L’œuvre de sa vie. Mais une note fielleuse dans le Figaro, concernant des « obscénités » qui seraient présentes dans ce recueil, enclenche la mécanique judiciaire. Très rapidement Baudelaire se verra citer devant la 10ème chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris. Il devra répondre de plusieurs chefs d’accusation dont celui d’outrage aux mœurs. Par-delà la déception d’un grand poète, par-delà l’implacable machinerie qui se met en mouvement, se trouvent posés, grâce à ce procès emblématique, les rapports épineux, contradictoires, violents, entre la Morale d’une époque et la Liberté de création. Nous pourrions nous croire vaccinés contre ce type d’affrontement. Mais, ce procès est notre contemporain. »

Présentation du metteur en scène : Georges ZARAGOZA

 « Mettre en scène Le Procès de Baudelaire, c’est rendre compte de l’éternel divorce entre le poète et son temps que l’auteur des Fleurs du Mal a si bien illustré dans « L’Albatros ». Le poète est « exilé au milieu des huées » ; c’est cette expression qui illustre le projet de mise en scène du texte de Philippe Blondeau. Le spectacle cherchera à mettre en évidence la détresse de celui qui voudrait parler à ses contemporains, parler pour ses contemporains et qui n’aboutit qu’à un soliloque désespéré. Pas de salle de tribunal, pas de confrontation publique ; c’est dans l’âme du poète que se joue le drame de sa condamnation. Il est le rejeté, l’exilé, le grand exclu. Si le procureur Pinard est présent, c’est bien plus à travers l’imaginaire et le souvenir du poète. »

Sur une initiative de Pierre BRUNEL, vice-président de Paris-Sorbonne, Directeur du Centre de Civilisation Française, avec le soutien du Service Culturel des Étudiants.

Notre analyse : 

- Par Maya HADEH

 Dans une lettre adressée à l'impératrice, Baudelaire écrit : « J'ai eu le malheur d'être condamné pour un recueil de poésies intitulé: Les Fleurs du Mal, […] J’avais cru faire une belle et grande œuvre, surtout une œuvre claire; elle a été jugée assez obscure pour que je sois condamné à refaire le livre et à retrancher quelques morceaux (six sur cent) »[1]

Retirées des ventes le 17 juillet 1857, Les Fleurs du mal seront condamnées le 20 août de la même année. Outre le prononcé des amendes de 300 francs pour l’auteur et 100 francs pour ses éditeurs, six poèmes seront censurés. Seule sera retenue l’offense faite à la morale publique.

Or, Baudelaire s’attendait-il à un tel procès ? Et s’il avait « mis tout [son] cœur, toute [sa] tendresse, toute [sa] religion (travestie) et toute [sa] haine […] »[2] dans ce recueil, aurait-il su que cette « mésaventure incompréhensible »[3] serait le drame qui allait marquer toute sa vie ?

 Philippe Blondeau a trouvé les prémices de sa pièce intitulée « Le procès des Fleurs du Mal » dans cet événement tragique.

 En prologue, on assiste à une lecture des extraits des Fleurs du Mal et des six pièces condamnées.

 S’ensuite le procès où deux hommes se font face. Ernest Pinard, incarné par Philippe Launay : substitut du procureur impérial, qui incarne la justice du Second Empire. Et Charles Baudelaire, interprété par Georges Zaragoza : poète sans notoriété, à l’époque, qui traîne une réputation d’être excentrique et malheureux.

 Au tribunal classique se substitue un décor sombre et étouffant qui traduit parfaitement l’état d’âme du poète et le tourment psychique qui l’accable.

 S’inspirant des fameux portraits de Baudelaire et plus précisément celui de Courbet, Georges Zaragoza met tout en œuvre pour transmettre au spectateur le poids de la terrible accusation adressée à Baudelaire : tenue vestimentaire, gestes, décor se complètent pour refléter la détresse et la déception du poète.

 La pièce atteint son paroxysme dans la scène où l’on est devant un « Baudelaire » affaibli, voire anéanti, entouré par des voix et des échos qui l’oppriment et l’accusent. Ce n’est pas uniquement contre Pinard que Baudelaire se défend mais contre toute une société qui le marginalise et l’exclue.

Les représentations
A Paris :
Le 16 décembre 2007 à 14h00

Au « Centre de l’Estrapade » de Cours de Civilisation Française de la Sorbonne
16 bis, rue de l’Estrapade, 75005 Paris

A Dijon :
Le vendredi 25 et le samedi 26 janvier 2008 à 20h30
203, Rue d'Auxonne, 21000 Dijon
Tel : 03 80 67 87 39 

Comédiens : Cie Les Compagnons D'Eleusis, Claudine Jamin-Launay, Élodie Leclercq, Nelly Poix, Maud Ruez Zaragoza.
Metteur en Scène
: Georges Zaragoza.

Auteur
: Philippe Blondeau.

Direction artistique
: Anne De Groussouvre (et jeu).

Chanteur
: Paul Berthelemot.

 

Photo: Binod KHAKUREL


---------------------------------------------
[1] Charles BAUDELAIRE, Correspondances, tome I, Lettre à l’impératrice datée du 6 novembre 1857, p.432.
[2] Charles BAUDELAIRE, Correspondances, tome II, Lettre à Ancelle datée du 18 Février 1866, p.612.
[3] Voir à propos du procès des Fleurs du Mal l’analyse de Yvan LECLERC, Crimes écrits, la littérature en procès au 19e siècle, Paris, éditions, Plon, 1991, pp.223-269.

 

Interpretation

Demeures de Baudelaire