"Les Fleurs du Mal" : Poésie d'un autre genre


Écrit par Jean Panel Fanfan  
16 février 2008

Manieur habile d’une rime paire, Charles Baudelaire fascine autant qu’il divise, les opinions à son endroit sont controversées, tant les thèmes abordés par lui le sont de façon provocante, diront certains. Mais ce poète, comme il se plaît lui-même à le rappeler, n’a pas voulu choquer par ces écrits. Il veut donner à la poésie sa pleine dimension. C’est dans les replis cachés de l’âme qu’il trouve le matériel pour parfaire son œuvre. Il aime provoquer, c’est évident, et le livre qui le fera rentrer dans l’immortalité : Les Fleurs du Mal résume toute sa vie, son combat.

C’est un dieu, s’exclame Rimbaud en parlant de Baudelaire, tant sa dimension se pose au-dessus de la mêlée, on lui accorde des dons de voyance car ses poèmes au contour éthéré emmènent le lecteur dans un monde fait d’interdits et de rêves.

Pour certains critiques Les Fleurs du Mal est une poésie intégrale. Elle assure le lien entre la réalité et une certaine lucidité, elle développe une symbiose entre l’être et l’objet. C’est une poésie difficilement accessible, loin des sentiers battus, elle questionne l’être et se veut une expérience mystique avec l’être.

La quête de Baudelaire dans ces textes est un déni de l’interdit : il veut donner à la poésie une nouvelle voie et passer outre les interdits. La poésie est un espace de liberté où l’homme atteint sa plénitude. Mais, plus qu’une expérience, il veut qu’elle devienne un aboutissement. Qu’on se souvienne que Baudelaire est aussi critique et de ce fait accorde une place à l’inspiration.

Dans la dédicace au lecteur, il écrit : « C’est le diable qui tient les fils qui nous remuent / Aux objets répugnants nous trouvons des appâts » ; il trace les contours de son œuvre et annonce la forme qu’ils prendront. Héritier du Romantisme, il se démarque des principaux tenants, et aspire vers le modernisme. L’expérience de Baudelaire jusqu’à date était inédite pour l’époque. Il a voulu par là explorer certains recoins de l’art poétique.

Les consonances des vers baudelairiens se rapprochent de la simplicité de Racine, et il invente un langage qui lui permet d’atteindre une certaine plénitude où la notion de péché occupe une place très importante tout au long de ses poèmes, en témoigne le titre.

Cette obsession du péché conduit à se questionner sur le sens de l’existence. Ses divers textes sont souvent de véritables provocations adressées à la société d’alors. « Ma femme est morte : je suis libre / Je peux donc boire tout mon soûl », s’exclame t-il comme pour faire un pied de nez à la morale.

Avec les « Litanies de Satan », Baudelaire adresse une prière : « A toi le plus béni des anges, / Prince de gloire et privé de louanges » ; il montre que l’art poétique doit se libérer des contraintes imposées par les codes qui sont en vigueur. La poésie est création : elle s’éloigne de la réalité. Espace de rêve, elle doit s’astreindre à son rôle de dépassement de soi.

La résonance de la poésie baudelairienne est l’expression d’un souhait, celui de se détacher du commun. Comme l’a dit un analyste, « il y a dans Les Fleurs du Mal toute l’expression d’un être riche de culture et de passion, de spiritualité et de sincérité. »

Jean Panel Fanfan
haiti@haitiimpact.com

Source: www.haitiimpact.com

Interpretation

Demeures de Baudelaire