Café poétique du 21 octobre 2008


- Sébastien Mullier

"Nigra sum sed formosa"
("Je suis noire mais je suis belle", Le Cantique des Cantiques)
 
Le Mardi 21 octobre 2008, de 18h30 à 20h00, l'équipe du site www.charlesbaudelaire.fr a tenu à Paris l'une des séances de son café poétique au Select Haussmann (9ème). 

M. Pierre Brunel, Professeur émérite à l'Université de Paris-IV Sorbonne, a honoré de sa présence la vingtaine de convives alors présents, parmi lesquels on pouvait compter - véritable métissage intellectuel - quelques enseignants du Supérieur et du Secondaire, de nombreux doctorants français et étrangers (venus d'Italie ou de Grèce, du Gabon ou d'Australie...), ainsi que des amateurs fervents de Baudelaire.

Le café poétique a été inauguré par l'annonce des actualités associatives, éditoriales et universitaires, qui concernent la poésie baudelairienne. Puis, Mle Prisca Mouity, doctorante à Paris-XII, a prononcé une communication originale qui mettait en évidence quelques aspects de sa thèse, Ombre et lumière dans la poésie de Baudelaire et de Senghor : elle a abordé la filiation qui unit au maître des Fleurs du Mal son héritier sénégalais (notamment lorsque ce dernier était élève au lycée Louis-le-Grand). En examinant les ressemblances et les dissemblances, Prisca Mouity a étudié le désir charnel et plastique que nourrissent ces deux poètes pour la Vénus noire, moderne Reine de Saba, la corrélation entre l'érotisme et l'exotisme, la nostalgie ou la joie que suscite le souvenir de l'Eden, le rapport à la Nature, la théorie des correspondances, ainsi que le rythme des corps prosodiques, prémices à une véritable théorie senghorienne du verset.

Ce discours a suscité de nombreuses interrogations lors des débats qui ont suivi : le voyage du jeune Baudelaire à l'île Maurice, alors baptisée "Île de France" (Simonne Valmore, ethno-psychanalyste alors présente, a eu cette très belle formule : "je crois que Baudelaire s'est négrifié...") ; les poètes de la négritude, l'amitié entre Senghor, Césaire et Damas autour de Baudelaire ; l'image et la réception de Senghor en Afrique ; ou encore les beautés noires aux XVIIè et XIXè siècles concernant l'image poétique du "soleil noir"...
 
Après une demi-heure de discussions et d'échanges fructueux, les participants ont conclu le café poétique en renouvelant leur voeu d'ouvrir leur vision de la poésie baudelairienne à des horizons de plus en plus larges, dans le souci de conserver toujours une approche pluridisciplinaire et multiculurelle.
 
Nous nous retrouverons bientôt en novembre pour explorer une nouvelle dimension du poète des Fleurs du Mal.
Interpretation

Demeures de Baudelaire